Les coulisses de « Square & Soup » publié chez Atypique éditions

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Aujourd’hui, nous sommes ravis d’accueillir le scénariste Damien Gay, membre de notre collectif, et Gorobeï qui signent l’album « Square & Soup » publié chez notre partenaire-éditeur Atypique éditions.

Vous trouverez ci-dessous quelques planches inédites ainsi que leur interview.

Vous pouvez aussi trouver la fiche détaillée de l’album chez notre partenaire Bulle d’encre http://www.bdencre.com/2016/09/20157_square-and-soup-t1-gay-gorobei-atypique-editions-15e/
et commander votre album sur http://atypique-editions.fr/produit/square-and-soup-la-pelle-de-laventure

Projets BD : Bonjour Damien Gay, peux-tu te présenter brièvement aux rares étourdis qui ne te connaissent pas encore ? 
Damien Gay: Bien le bonjour ! Et bien je suis coloriste – et maintenant scénariste ! – BD. Je suis autodidacte depuis 2009. J’ai d’abord voulu commencer comme scénariste d’ailleurs et j’avais fait quelques essais dans des associations (Les Enfants de L’arche, RAV…) mais cela stagnait. C’est grâce à David Revoy (qui nourrit bien malgré lui une brûlante actualité en ce moment dans le monde de la BD…) qui m’a encouragé à me lancer dans la mise en couleur. J’ai commencé timidement en mettant en couleur ses dessins puis j’ai demandé aux dessinateurs du feû site « 30 jours de BD » de réaliser des essais. A force de travail (et d’échec aussi…) je me suis amélioré… et j’ai commencé à prospecter pour trouver un contrat. C’est alors que le dessinateur louis (http://tessa-42.blogspot.fr) et sa femme Véra Daviet (http://serial-color.blogspot.fr) m’ont proposé un poste d’assistant coloriste pour la BD les 7 Clones (sortie chez les éditions Delcourt). Ce fut mon tout premier contrat pro ! C’est grâce à ce contrat que j’ai pu démarcher d’autres auteurs par la suite, je leur suis extrêmement reconnaissant encore aujourd’hui ! J’ai beaucoup travaillé en tant qu’assistant (sur une vingtaine de BD aujourd’hui) et c’est grâce à Makaka éditions et surtout à Ced que j’ai décroché mon premier contrat de coloriste cette fois avec Wikipanda 2 ! Et de fil en aiguille j’ai eu d’autres contrats colo, avec Makaka et mais aussi d’autres comme Comics Trip éditions ou Kramiek.

PBD : Et le scénario dans tout çà ? 
DG: Et bien je faisais en parallèle des histoires pour le site 30JBD pour divers auteurs. Cela restait des histoires courtes le plus souvent. J’avais bien entendu des projets plus longs mais ce n’était pas adapté au site et les scénarios méritaient grandement d’être retravaillés.

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PBD : Comment est né « Square & Soup » et ta rencontre avec le dessinateur Gorobeï ? 
DG : Il est né dans les laboratoires secrets toulousains de notre ami Gorobeï. Chaque nuit, il réfléchissait sur des stratagèmes les plus diaboliques les uns des autres avec des rires machiavéliques puissants pour imposer les chausettes hautes à tous !… Bref… en vrai, l’idée de départ n’est pas de moi mais bien de Gorobeï himself. Je l’avais recruté pour 30JBD lorsque j’étais l’administrateur car j’étais tombé sous le charme de ses chaussettes hautes dans ses sandales… Vous l’auriez vu… mais aussi pour son style de dessin si particuliers et cartoon. Pour la diffusion mensuelle, Goro avait alors inventé ses 2 personnages de Square et Soup. C’était des planches à gag au départ, puis il a publié un peu plus de planches chaque mois. Moi de mon côté, j’ai vraiment accroché à son univers avec les 2 frangins loufoques et je lui ai proposé de réaliser le scénario des gags suivants… et il a accepté en tournicotant ses petites moustaches (toujours habillé de chaussettes hautes dans des sandales). Et j’ai dû porter des chaussettes hautes en plus de lui apporter le scénario du projet.

PBD : Je suppose que le projet a été présenté à des éditeurs. Avez-vous été tenté de le proposer en crowdfunding sur une plateforme participative ? 
DG : Oula oui je l’ai proposé à pllleeeiinn d’éditeurs ! Des fois le dossier était mal fichu (au début) puis après hé bien, les éditeurs n’accrochaient pas du tout. Trop loufoque, trop de références, etc. Alors au début de l’aventure Square & Soup, le crowdfunding n’existait pas ! Mais plus tard oui, j’y ai songé mais cela demandait un tel effort, faut quand même le reconnaitre, que je n’ai pas voulu tenter le coup. Il y avait trop de domaines dans lesquels j’avais pas ou peu d’expériences. De plus il fallait aussi continuer le boulot à côté cela, je n’aurais pas tenu.

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PBD : Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à ceux qui démarchent des éditeurs avec un projet « atypique » ? 
DG : Hé bien, le proposer à Atypique éditions !
Plus sérieusement, oui ce fut la galère pour trouver un éditeur pour Square et Soup. On a même failli tomber dans le piège de petits éditeurs qui proposaient des contrats que je qualifierais de pas vraiment honnêtes pour l’éditer. Mais Gorobeï avec son expérience plus grande dans le monde de l’édition a vite senti le mauvais coup et on s’est vite replié, quitte à ne jamais voir le projet édité. Pour les conseils, difficile à dire. D’abord bien regarder les catalogues des éditeurs, qu’ils soient petits ou grands, pour leur proposer votre projet. Je suis allé parfois même repérer des BDs de certains éditeurs sur le net que je feuilletais ensuite dans les magasins pour voir si le projet pouvait coller. Il ne faut pas non plus déposer les dossiers chez les éditeurs lors des grands salons. Cela ne sert à rien, lors des salons, ils sont là pour promouvoir leur auteurs invités et non réellement pas le temps matériel de répondre à ce type de sollicitation. Certes, certains éditeurs le permettent mais jamais vous ne pouvez défendre un projet à ce moment là. Notre projet a eu la chance aussi d’avoir eu un public numérique à l’époque de 30JBD, on connaissait donc ses forces et ses faiblesses. Malgré cela, cela reste vraiment un parcours du combattant. Je dirais qu’il faut réellement croire au projet. Vous pouvez demander à Gorobeï, je n’ai jamais lâché l’affaire. J’ai toujours cherché, puis au moment où vous y attendez le moins, vous avez une réponse positive et enthousiaste. Il faut aimer réellement son projet. Pour ma part, cet album c’est une part de moi-même car c’est un humour que j’affectionne tout particulièrement que je fais – au grand désespoir de mes amis – souvent. Alors oui, dire qu’il ne faut pas lâcher, ça fait un peu démago… mais pourtant c’est ce qu’il s’est passé ! Je ne crois pas trop à la chance, je pense que la persévérance a fini par payer.
Au fil des années, avec moins expérience j’ai appris quelques trucs :
– Le dossier doit être simple et surtout adapté à chaque éditeur à qui vous l’adressez. Lisez bien ce que demande l’éditeur dans les dossiers qu’il désire voir.
– Jamais le présenter lors d’un festival.
– Surtout bien identifier l’éditeur qui pourrait coller au mieux au projet.
Malgré tout, il y a tellement de paramètres qui rentrent en compte, le dossier, le moment où vous le présenter, l’éditeur s’il est dans un bon jour ou pas …etc… C’est tellement compliqué que tout conseil aura son argument contraire… je le sais bien !… mais il suffit d’une rencontre pour faire basculer les choses.

PBD : Bonjour Gorobeï, peux-tu nous dire quels matériels et méthodes de travail utilises-tu ? 
Gorobeï : Pour Square & Soup, tout le travail de dessin et de ligne s’est fait à la mine rouge sur format A4, l’ensemble est ensuite scanné, puis passé en niveaux de gris. Et avant une quelconque mise en couleurs les contrastes sont réajustés, puis la page est nettoyée. Ces formalités opérées, j’ai un calque « d’encrage » prêt à l’emploi en mode produit sous photoshop, le travail de colorisation peut alors démarrer sous ce calque. Là, d’abord un calque de masses, des aplats, basiques et marquer les plans (3 si possibles pour la profondeur) au mieux, par dessus le rajout de petits motifs (rougeurs, imprimés textiles, textures…). Vient alors le calque d’ombres (c’est variable il peut être en produit ou densité linéaire +, avec une opacité oscillant entre 15 et 30%, suivant l’ambiance dans laquelle la scène se trouve), sur ce calque je pourrais jouer avec des teintes chaudes ou froides si l’envie m’en prend. Ensuite le calque de lumières, superposition 70%, teinte chaude sur les zones éclairées, et le plus souvent froide dans les zones ombragées (encore que cela peut varier sur l’origine de ce retour de lumière). S’ajoutent finalement un calque de texture (souvent pour ajouter de la matière mais aussi pour faire « vibrer » les couleurs), et parfois un calque d’ambiance en mode couleurs (opacité variable). Bien entendu par dessus la page sont placés les textes et les bulles et hop, l’affaire est pliée !

PBD : As-tu réalisé des character’s design ou du moins des recherches poussées pour chaque personnage ? 
G : Non, le projet à l’époque devait démarrer assez vite, il y avait des exigences d’échéances, et surtout j’avais bien d’autres travaux parallèles. Le côté patatoïde a ça de pratique, il est super facile à exploiter, il offre beaucoup d’options, mais en même temps on ne peut pas tendre vers quelque chose de complexe. Alors j’ai vite trouvé l’aspect des 2 héros, et ensuite je me suis cantonné à les faire bouger, avant de les coucher sur planches BD.

PBD : Comment s’est passé la phase de travail avec le scénariste et l’éditeur ? Livres-tu planche par planche à chacun d’eux ou as-tu au contraire une totale liberté ?
G : D’abord il faut comprendre que Square & Soup était épisodique, donc l’écriture s’est faite par tranches, séquences. Chacune d’entre elles étaient posées comme des défis pour Damien, qui malgré tout avait déjà posé une ligne rouge de laquelle il ne fallait pas trop s’éloigner. Les challenges suggérés, impliquent souvent d’insérer des références particulières (TV, film, jeux, comics…..), pour que de prime abord on ait cet ouvrage loufoque, dense, mais faussement bordélique, car au final, il y a bel et bien une structure derrière cette aventure tordue ! Ensuite, Damien me faisait parvenir des story boards écrits avec dialogues, et en route Simone ! De son côté l’éditeur, qui s’est retrouvé devant un projet déjà complet, est revenu sur les incohérences, certains textes, et certaines séquences qu’il a fallu réajuster. Bref il a fait son travail d’éditeur, sur le fond mais aussi sur la forme. Certaines planches pas assez propres, des couleurs mal senties, bref son regard extérieur a servi à rendre l’ensemble plus cohérent. Très clairement, au final c’était ultra libre, ça doit se voir même, étant donné le nombres de directions qui ont été prises, ça a été un bon kiffe !

Merci aux deux auteurs et à l’éditeur pour cette mine d’informations sur les coulisses de l’album. Et n’oubliez pas de commander votre exemplaire sur http://atypique-editions.fr/produit/square-and-soup-la-pelle-de-laventure

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