Les coulisses des “Givrés” de MAD

Episode suiv.


Aujourd’hui, nous recevons MAD, l’auteur des Roberts le 25 de chaque mois qui publie aux éditions Sandawe son intégrale des Givrés.

PBD : Bonjour, Mad ! Comment es-tu arrivé à la BD ? 
Mad : En les lisant. J’ai commencé étant petit, au travers des magazines (Pif, Spirou, un peu Mickey, Fluide Glacial…). Très peu d’albums, à part Astérix et Gaston. Puis j’ai commencé à en faire moi-même vers l’âge de 12 /13 ans. Et depuis je n’ai pas arrêté : que ce soit pendant mes études d’architecture, ou directement après. Je suis donc autodidacte, je n’ai pas fait d’école BD. Mais mon passage dans le milieu professionnel a eu lieu grâce à des concours ; notamment celui d’Angoulême, qui m’a permis d’avoir mon premier contrat. Aujourd’hui je ne fais que ça depuis 15 ans !

PBD : Quels auteurs mettrais-tu dans ton Panthéon personnel ? Quels sont ceux qui t’ont le plus influencé ? 
Mad : Franquin, Gotlib, Uderzo et Goscinny, Reiser, Pétillon…

PBD : Alors on comprend pourquoi tu te consacres essentiellement aux gags en une planche ! Mais as-tu déjà songé à développer des récits plus longs ou pas du tout ? 
Mad : C’est simplement les BD qui m’attirent le plus. J’aime les BD qui en très peu de cases te font réagir, t’explosent à la figure. En ce qui concerne les formats plus longs, j’y ai déjà pensé mais je ne m’en sens pas les moyens. Ce n’est pas que je n’ai rien à raconter sur un long récit, mais je me lasse vite. Je marche beaucoup sur la spontanéité. 
La difficulté est de trouver le bon équilibre entre la spontanéité et le travail. Cet équilibre est chez moi toujours instable. En général c’est mon humeur qui fait pencher la balance plutôt d’un côté ou plutôt de l’autre. Dans l’absolu, je préfère un trait maladroit mais spontané et sincère au service d’une idée forte qu’un travail trop réfléchi, appliqué, sans défaut mais qui perd en émotion. Je suis peut-être à la recherche de mes premiers dessins d’enfants (le ressenti pur!) …



PBD : Quel est ta méthode pour concevoir tes gags ? Comment parvient-on à être régulier sur un album de compilations de gags ? 
Mad : Je me créé des conditions optimales: Être seul, allongé sur un canap’ avec des feuilles et un stylo. Pas de télé, pas de radio, pas de téléphone, pas d’ordi. Faut pas me faire chier ! Je m’entoure de livres, magasines, journaux pour me nourrir. Pendant 24 / 48 heures je ne trouve rien. Je rentre dans une petite dépression. Puis au bout du 3ème jour: la délivrance. Les gags arrivent. 
La régularité dépendra de la possibilité de trouver des blocs de 3 jours de calme, sans être interrompu. C’est avec le recul que je me suis aperçu que finalement ça se déroulait toujours de cette façon…

PBD : Selon toi, quel rôle l’humour peut-il jouer dans notre société ? 
Mad : L’humour dans la société ? Ça devrait être la seule chose sérieuse que l’on devrait prendre en compte. Les “sérieux” et les “ennuyeux”, voilà une des plaies de notre civilisation. La plupart pense cacher ses incompétences par une attitude sérieuse ou grave. Mon constat est qu’on va tous crever, (wahou, le constat de dingue !) alors ne perdons pas de temps à être sérieux, rions car tout ceci n’est qu’une vaste bouffonnerie !

PBD : Il y a quand même des choses que tu as l’air de prendre au sérieux : dans « Givrés », tes gags abordent régulièrement des thématiques comme le réchauffement climatique ou la pollution… Comment te positionnes-tu vis-à-vis de ces questions ? 
Mad : Je me positionne ici, ou plutôt là… Ha ! Ha ! Bien sûr ça m’interpelle. Mais je pense que c’est un problème de société qu’il faut changer plutôt que des mesures à prendre dans notre système actuel. Si on remet l’argent et l’économie au service de l’Homme et non l’inverse, alors les problèmes écologiques se résoudront “naturellement”. En bref, remettre les choses à l’endroit.

PBD : Tu proposes tes albums par le biais de Sandawe, société qui fut parmi les premières à proposer des solutions d’édition BD alternatives. Comment as-tu choisi ce circuit de diffusion ? 
Mad : Le chef des Editions Sandawe est Patrick Pinchart. Ancien rédac de Spirou, c’est lui qui a fait rentrer en premier les Givrés dans le journal de Spirou. Il était normal que ça soit chez lui que sorte l’album.

PBD : Quel regard portes-tu sur l’édition BD et la situation des auteurs ? 
Mad : Il y a beaucoup trop de production ! Les libraires ne peuvent plus suivre. Mais peut-être qu’avec Internet et les salons, il peut y avoir un avenir. Une sorte de circuit court: acheter les BD directement chez l’auteur… Mais c’est encore en devenir. La situation des auteurs se précarise. Les prix des planches n’ont pas augmenté depuis que j’ai commencé. Pire, ils ont baissé dans certain cas !

PBD : De plus en plus d’auteurs font ce même constat. Là aussi tu penses qu’il faudrait remettre les choses à l’endroit ? Selon toi, est-ce aux éditeurs, aux auteurs ou aux pouvoirs publics d’apporter des solutions, principalement ? 
Mad : Un peu tout le monde. Ce qui arrive à la BD est valable pour tout le reste (culture, sport, alimentation….). Tout est vu sous un angle économique et non qualitatif. Il faut faire tourner les imprimeries, remplir les catalogues, remplir les librairies pour faire tourner le cycle merveilleux de l’édition. Pour sortir de là, il faut changer de système général (voir question sur l’écologie). Ça dépasse la BD.
Je défends l’idée d’un salaire minimum, particulièrement pour les artistes. Aujourd’hui tu dois produire toujours plus pour bouffer mal. Si l’auteur avait un minimum pour se nourrir, il produirait moins et mieux. Il laisserait tous les petits boulots à côté qui lui coûtent trop de temps et d’énergie.
Une idée comme ça : développer une puissante plate-forme publique pour les petites maisons d’éditions ou les auto-éditions pour qu’ils puissent proposer leurs bouquins. Mais avec une forte puissance de communication (dans tous les médias: radio, télé, journaux, applis, etc…). Un genre de Radio France ou France télé mais de la BD et des bouquins.

 Bref, toujours le même problème: remettre au centre la création au détriment de l’économie et non l’inverse…

PBD : Merci beaucoup, Mad, pour ces réponses instructives, et à bientôt sur Projets-BD.com ! 
Mad : Ciao !

Interview réalisée par [MC] en octobre 2016.


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