Les Coulisses de Jotunheimen

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Pour ce nouvel article sur les coulisses d’un album BD, nous avons voulu mettre en lumière une BD réalisée en autoédition par l’auteur Belzaran. Pour soutenir ce projet et l’auteur, vous pouvez commander le livre sur http://www.belzaran.fr/publication-de-jotunheimen.


L’écriture

« Jotunheimen » est un projet né d’un voyage en Norvège en 2014. Pendant que je randonnais dans les montagnes du parc du Jotunheimen, j’ai commencé à imaginer une histoire s’y déroulant. Quatre ans plus tard, le projet a abouti avec la publication en autoédition de cette bande-dessinée.

« Jotunheimen » est une fiction narrant l’histoire d’Alexis, un lapin qui fait sa première randonnée pour se remettre d’une rupture. Les paysages norvégiens, sauvages, vont le subjuguer et le faire grandir. Le livre est le voyage initiatique d’Alexis, où l’intrépide Laura lui servira de mentor.

J’ai choisi de mener ce projet car il me sortait de ma zone de confort. Je voulais revenir à de la bande-dessinée classique, moins bloguesque et sortir des autobiographies. Je voulais utiliser pleinement les possibilités du médium : les cadrages, les tailles de cases, la narration… « Jotunheimen » tombait à pic !

L’écriture du scénario de « Jotunheimen » durera quatre mois. J’essaie de ne pas me censurer, car très vite, la question du dessin se pose. Beaucoup de scènes de l’histoire étaient alors pour moi infaisable. C’est le problème lorsque l’on est auteur complet, on peut vite limiter consciemment ou pas certaines scènes… La montagne et la Norvège en général sont des personnages à part entière. Je ne pouvais pas dessiner des montagnes génériques. Il fallait des paysages précis et vertigineux parfois. Alors que mon dessin était centré essentiellement sur les personnages, il me fallait construire toute une nouvelle gamme de techniques de dessin pour cela. J’avais fait une liste de toutes les pages qui allaient me poser des problèmes :

  • dessiner un torrent
  • dessiner la pluie
  • dessiner une plongée en montagne
  • dessiner des voitures
  • et bien d’autres…

J’ai toujours conçu mes projets comme une façon de progresser. Dans mon esprit, je me disais que lorsque j’aurais fini ma bande-dessinée, j’aurais appris à dessiner de nouvelles choses. J’ai quand même dessiné une planche de test, avec uniquement des paysages, avant de me lancer…


LA RÉALISATION

La difficulté du projet était de tenir sur la longueur. Il me fallait entre une et deux semaines pour dessiner une planche. Soit deux ans et demi pour aller au bout, sans savoir si l’histoire parlerait aux lecteurs. Internet étant ce qu’il est aujourd’hui (et notamment le monde des blogs), j’ai navigué en aveugle, avec peu de remarques sur le projet, sans savoir si je me plantais ou pas. C’est vraiment une difficulté de la publication page par page. On n’a que peu de retours avant d’être allé au bout du projet. Dans une histoire longue, c’est… long !

Au niveau du dessin, j’ai monté d’un cran avec ce projet. Comme quoi, avec l’ambition, on passe des caps. J’ai été aidé par des cours du soir également que j’ai suivi pendant ces années, en bande-dessinée d’abord (qui m’a aidé à passer les premières pages et le dessin des perspectives), puis en dessin/peinture.

Finalement, la grande peur que j’ai eu sur ce projet était la couleur. Dès le départ, je l’ai sentie comme numérique. Mais je déteste faire ça ! Et surtout, j’y passais un temps énorme pour des résultats peu concluants. J’ai été sauvé par Nicolas Archimède, qui s’est proposé spontanément pour s’occuper des couleurs. Il m’était impensable de faire le projet en noir et blanc et son arrivée dans le projet a permis que « Jotunheimen » se fasse comme je l’espérais. Ses couleurs ont permis de sublimer certaines scènes, il a apporté un vrai plus aux planches.

LA PUBLICATION

Une fois les planches terminées, la phase de finalisation a été une véritable torture. Au départ, j’avais prévu un planning strict : pendant que je préparais l’édition du livre, je ne commençais pas mon prochain projet La Prépa. Ça tombait bien, il me fallait finaliser le scénario. Mais les semaines passant, j’ai eu une proposition d’exposition que je n’ai pas pu refuser et l’envie du dessin m’a fait démarrer ma nouvelle bande dessinée…

La préparation des planches a duré dix mois. C’était fastidieux et pas épanouissant du tout. Voilà vraiment quelque chose que j’aimerais déléguer ! J’ai dû refaire les lettrages de la moitié des planches. En effet, mon écriture était devenue un point faible de mes planches et j’ai donc entre-temps créé ma propre police d’écriture. S’est est ensuivi toute une phase de correction des fautes de frappe et d’orthographe. Pour ça, j’ai eu de la chance, de nombreux lecteurs se sont pris au jeu et m’ont envoyé de grands mails de correctifs. Un grand merci à eux pour leur soutien ! Mais ce n’était pas terminé. J’étais extrêmement stressé, seul ainsi face à mon fichier final, avec la peur que le résultat ne soit pas à la hauteur. Cela me bloquait et c’est aussi pour cela que j’ai repoussé la fin de la mise en page. J’ai décidé de me donner comme objectif une publication en septembre, afin que tout le monde (ou presque) soit revenu de vacances. À cause des examens, je savais que la période mai/juin serait loin d’être optimale. En me donnant un objectif suffisamment éloigné, je limitais le stress. Au départ, je souhaitais une publication avant le festival de Puteaux (au printemps 2018) pour pouvoir vendre mes BDs sur mon stand. Pour ça, c’était un échec…

Concernant l’impression, elle s’est posée avant même la première planche dessinée. En faisant un album A4 couleur, les prix de mon imprimeur The Book Edition étaient trop chers. Comment vendre un ouvrage amateur à 20€ ? J’ai finalement abandonné l’idée d’une impression à la demande en passant chez Pixarprinting qui me permet, pour les volumes estimés, de vendre le livre à un prix correct (soit 10€). Ma meilleure vente actuelle était de 40 exemplaires. C’est un volume un peu le cul entre deux chaises. Souvent, chez les imprimeurs, les prix chutent à partir de 200 exemplaires. Mais comment écouler un tel stock sans être dans les librairies et avec d’épisodiques passages en salons et festivals ? L’inconvénient est qu’il faut que je prévoie un stock correspondant à la demande. C’est pourquoi je lance un système de précommandes qui me permet de connaître à peu près le nombre de BDs que je vendrai.

Niveau budget, mon objectif est de ne pas perdre d’argent. Or, ce n’est pas si évident. En effet, j’offre plusieurs exemplaires qui, sur des volumes si faibles, ne sont pas si faciles à rembourser. J’ai fixé le prix à 10€ car c’est aussi plus commode de sortir un simple billet. C’est bête, mais ça arrive de passer à côté d’une vente pour ça… Globalement, j’ai fait des tests sur 30 et 50 exemplaires pour estimer le budget. Si j’en vends plus de 50, la question du temps que ça va me prendre à gérer les envois et les dédicaces va commencer à se poser… C’est pourquoi j’ai évité de faire un crowdfunding, de peur de volumes trop importants. Un manque d’ambition certainement. Mais je suis un auteur de BD, pas un éditeur, ni un distributeur. Je ne voulais pas passer des mois à gérer ça.

Pour finir ce making of, je tenais à parler de la grande tentation que j’ai eu de faire une suite à cette histoire. J’avais commencé à réfléchir à « Inchnadamph », un projet où Laura et Alexis se retrouvaient en Écosse. Ce qui me motivait était de reprendre les mêmes personnages, le même type de dessin et les mêmes techniques de dessin. J’espérais pouvoir faire un ouvrage plus cohérent graphiquement, avec moins de variations et d’évolution du trait. L’idée de partir dans un projet complètement différent m’effrayait. C’est pourtant ce que j’ai fait, troquant la plume pour le pinceau, les couleurs numériques pour l’aquarelle et les extérieurs montagneux pour les intérieurs d’un lycée… Mais mon rêve a toujours été de dessiner une bande-dessinée à l’aquarelle et au pinceau, c’est désormais en route !

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Pour commander l’ouvrage : http://www.belzaran.fr/publication-de-jotunheimen/

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