Premier album BD pour notre auteur Enutil

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Episode suiv.
Projets BD : Bonjour Enutil, à la demande de nos millions de lectrices et lecteurs, peux-tu nous rappeler l’origine de ton pseudo ?
Enutil : J’espère que les quelques millions de lecteurs vont se jeter sur ma BD pour me permettre de financer ma Porsche.
Je tiens à préciser que ça remonte, ce pseudo date du tout début 2000.
J’ai pris mon nom, mon prénom et mon deuxième prénom (je n’en ai pas de troisième, mes parents sont des radins). J’ai gardé les combinaisons de lettres qui apparaissent à deux reprises (EN et UL), et j’ai gardé les deux lettres qui n’apparaissent qu’une seule fois (I dans mon prénom et T dans mon nom). Comme EN apparaît dans les trois, je l’ai mis au début du pseudo et ensuite j’ai bougé toutes les autres lettres (ULIT) pour voir ce que ça faisait. Je suis tombé sur Enutil qui me faisait penser à « Inutile », j’ai trouvé ça amusant et en adéquation avec mon nihilisme d’ado.
Maintenant que je suis un nihiliste adulte, le plus dur c’est de se présenter à un festival en tant qu’Enutil… C’est pour ça qu’il est important d’avoir une Porsche.
juin 2002, tout premier dessin de mon avatar Enutil. Avec le temps, il a perdu en muscles et en arrogance ce loser !

PBD : Tu sors aux éditions ComicsTrip ton premier album sur la série “Bête” qui est née sur la toile il y a quelques années. Crois-tu que ces années t’ont permis d’avoir un projet plus mûr, ou au contraire ton projet était “éditable” dès le début ?

Concernant le fond, le projet n’a pas beaucoup changé. Quand je me suis lancé, je connaissais les grandes lignes (début, fin et la trame qui lie les strips entre eux). J’avais un fichier Excel avec les histoires de chaque strip que j’alimentais régulièrement (pour différentes raisons, toutes les histoires n’ont pas été gardées). Lorsque Comics Trip est venu me chercher, j’ai fait un gros point sur l’ensemble.
Donc sur le fond, peu importe le moment où Comics Trip serait venu me chercher, je pense que j’aurais eu une BD assez similaire à celle actuelle.

Même l’idée de la couverture n’a pas changée. A l’origine, le titre de l’album devait s’appeler “Bête à manger du foin”. J’ai raccourci le titre car “Bête” correspondait bien mieux au projet. Par contre j’ai gardé l’idée du lion qui mange du foin, sans explication car j’y trouvais un esprit “tableau”. C’est à dire plus proche de l’interprétation ressentie par le lecteur que de la compréhension.
Par contre concernant la forme, les années m’ont permis de m’approcher d’avantage des ambiances que j’avais à l’esprit. Au début les couleurs étaient plus basiques, l’herbe était verte et le ciel bleu. Il y a certains strips que je ne dessinais pas sachant que je ne parviendrais pas au rendu envisagé. Au fur et à mesure une méthode de travail s’est mise en place et m’a permis de prendre plus de risques avec les couleurs. Du coup… j’ai repris mes premiers strips pour apporter des modifications aux couleurs et aux dessins, pour créer une homogénéité de l’ensemble.
« Bête » était probablement éditable dès le début, mais une chose est sûr, il était moins maîtrisé.
La couverture.

PBD : Qu’est-ce qui t’a attiré dans le format Strip ?

J’ai commencé Bête en 2013. Je faisais parti à cette époque des derniers auteurs du site « 30 jours de BD ». Je proposais des planches et je commençais tout juste à toucher à la couleur informatique. A côté, plusieurs auteurs proposaient des strips. C’était un format que je trouvais compliqué à gérer narrativement (il faut trouver un gag et l’amener en 3-4 cases, c’est très rapide). Par contre au niveau du dessin, c’est moins de temps de travail. Alors c’est devenu une sorte de défi. Profiter du format strip pour avoir le temps de travailler mes lacunes :
– une nouvelle forme de narration
–  mettre en avant les mouvements et les expressions (pas de sourcil pour s’aider)
– pas de texte pour me rattraper (je m’étais déjà mis cette contrainte avec Jean-Paul Parfait)
– des couleurs informatiques.
Bête est né de là, de l’envie de me compliquer la vie, mais en prenant le temps.

Le panda.

PBD : La série “Bête” dure depuis quelques années, la sortie de l’album est-il un accouchement difficilement reproductible ou, au contraire, cela t’a donné l’envie de poursuivre ?

« Quelques »… Merci! Moi j’aurai dis « plusieurs».
Ca a duré plusieurs années parce que n’ayant pas de date de rendu, j’avançais à deux à l’heure. Un strip tous les 3 mois en moyenne. Une fois que Comics Trip est venu me chercher, j’ai avancé plus vite que je ne le pensais. Je ne faisais que ça (5 strips par mois en moyenne). Ca a été clairement difficile. Entre fatigue, doute, stress et sandwichs sans beurre.
C’était ma première BD, je ne maîtrisais pas totalement le support (couleur et dessin) et je craignais d’être pris par le temps.
Le fait que les choses ne soient pas acquises, c’est aussi ce qui donne l’intérêt aux projets et qui donne envie de recommencer… par contre avec un univers différent de « Bête ».
D’ailleurs je pars sur un nouveau projet. Encore des strips, mais cette fois-ci avec un dessin beaucoup plus épuré (probablement une seule couleur) et des histoires reposant sur les dialogues. J’ai quasiment l’ensemble des strips d’écrit. Je travaille sur le style et les personnages avant de me lancer. Quand les premiers strips seront faits, je les proposerai à Projets BD, évidement !

Recherches en cours.
PBD : La publication de l’album est due à la maturité de ton style ou c’est l’opportunité proposée qui t’a encouragé à le réaliser ?
J’espère que mon style va continuer de mûrir encore un peu, sinon je jette les crayons et je me mets au tricot.
Je dirais donc que c’est l’opportunité qui m’a été proposée par Comics Trip qui m’a encouragé à réaliser l’album.
A la base je bossais cette série comme les postes de mon blog. C’est à dire en m’autorisant certaines négligences ou raccourcis de réalisation. D’un seul coup, je n’avais plus le droit de faire du à peu près, du « on verra plus tard ». Une fois édité si quelque chose ne me convient pas, c’est trop tard. Une fois édité, le projet m’échappe, je ne peux plus y toucher… ni continuer de l’appeler « projet » d’ailleurs.
Je ne pense pas être arrivé à maturité. Je pourrais sûrement continuer de reprendre l’album encore et encore. Heureusement, la date de rendu fait qu’on est obligé de s’arrêter à un moment et de se débrouiller avec le style qu’on maitrise à cet instant.
Le tout premier strip Bête datant de 2013.
Le même strip remanié en 2018.

PBD : Comment vois-tu désormais ton rôle “d’auteur édité” ? Souhaites-tu persévérer et devenir auteur semi-professionnel ?

Mon style n’est pas celui d’un peintre, mais celui d’un dessinateur BD. Du coup, sortir une BD je le vis comme un aboutissement. C’est une victoire sur moi-même.
L’inquiétude avec ce type de victoire, c’est qu’ensuite il y a la crainte de ne pas parvenir à aller au delà. J’espère plus tard vivre cette BD comme un morceau décisif d’un parcours et non avec nostalgie comme la fin d’un parcours.
J’aimerais être semi- professionnel et même professionnel, mais ça ne dépend pas que de moi. Persévérer, oui bien sûr, mais il faut aussi que mes prochains projets suscitent de l’intérêt. Dans tous les cas, j’aimerais que ça reste à mes yeux une passion et non un boulot alimentaire.

Résumé “allégorique” de Bête.

PBD : Je suppose que tu n’a pas pu t’empêcher de glisser des clins d’œil dans la BD ?

Oui y en a quelques un, plus ou moins subtils. Entre autre, il y a Disney, Pixar, Lafontaine, Prévert, Monet et… Projets BD !!!

Clin d’oeil à mes deux furettes de gros nihiliste naïf.

PBD : Des personnes à remercier en rapport avec cette BD ?

Évidemment, Projets BD qui m’a proposé d’intégrer l’équipe à un moment où je ne me sentais pas à ma place au milieu des dessinateurs.
Comics Trip pour être venu me chercher et m’avoir laissé les mains libres (pas de texte ou alors intégré au dessin, pas de tome 2, la violence de certains strips…).
MC qui, lors de l’avancée de ma BD, a répondu à toutes mes questions avec rapidité, patience et précision. Monsieur sort une BD au design de fou chaque année mais arrive à être disponible pour les autres. Charlatan ! T’as un frère jumeau, ou des chinois dans ton sous-sol ?..
Tous les gens qui me soutiennent, c’est à dire ceux qui vont acheter cette BD pour moi et pas pour elle.
Mylie remerciement.
Si vous souhaitez soutenir l’auteur et acheter cet album, rendez-vous sur le site de l’éditeur https://www.comics-trip.com
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