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Quinzaine des éditeurs – Jour 3 : Anthony Roux de Ant Editions

Bonjour Anthony Roux. Vous êtes le fondateur de Ant Editions, maison créée en 2018. Créer une maison d’édition aujourd’hui alors que la profession est, semble-t-il, déjà saturée, est-ce une démarche artistique ou un acte militant ?
Bonjour à toute l’équipe.

J’aurais tendance à dire les deux mon colonel. Je n’aurais pas créé Ant Editions sans sensibilité envers le neuvième art et je ne l’aurais pas créé sous cette forme sans une certaine forme de militantisme.

A l’heure où les auteurs de BD réclament une valorisation de leurs droits et un remaniement profond de leur profession, comment peut-on prendre en compte ces revendications quand on crée sa maison d’édition ?

C’est l’essence de ma structure éditoriale. Je suis dans le secteur de la BD depuis pas mal de temps (ce qui ne me rajeunit pas)… J’ai signé des scénarios, organisé des salons, fondé un média BD,… Je connais donc bien ces problématiques et j’essaye justement d’y répondre avec mes propres moyens. La question de la rémunération est centrale, par conséquent, j’ai fait le choix de rémunérer les auteurs dès la première planche et de verser des droits corrects dès le premier exemplaire vendu. La considération de l’auteur est tout aussi importante et je me vois mal d’être un éditeur se contentant de faire imprimer un livre : j’essaye d’accompagner le plus possible, tout en laissant le champ libre sur la créativité, les projets que j’édite et le tout dans la durée ! J’ai aussi fais le choix d’avoir une réelle démarche environnementale qui se traduit par l’absence de retours, de mises au pilon et par la participation à des actions concrètes (reforestation, ouvrages imprim’vert, travail avec un semencier paysan local,…).
Et, quand je le peux, j’essaye aussi de sensibiliser le public à cette situation ou des institutionnels (j’avais par exemple interpellé ma députée locale pour présenter la situation des auteurs concernant la réforme des retraites).
Bien sûr, c’est loin d’être évident : j’ai mis quelques économies dans ce projet, je ne peux pas encore me rémunérer et tous les fonds servent actuellement à rémunérer les auteurs, à lancer les albums et à faire tenir la boîte. Si je ne finis pas en burn-out, j’espère à terme pouvoir au moins me rémunérer et pourquoi pas envisager un investissement dans des locaux et une autre personne salariée.

Finalement, je fais l’inverse de certains décisionnaires qui préfèrent rémunérer avant tout les actionnaires au détriment des salariés… C’est du ruissellement version saumon. ^^

La plupart des lecteurs vous connaissent en tant que scénariste ou comme chroniqueur sur le site www.bdencre.com. Vous qui connaissez bien le monde de la BD aussi bien en ligne qu’en version papier, quel est votre ressenti face aux webtoons sud-coréens, et d’une manière générale les webcomics, qui sont destinés à envahir le marché français ?

Je dois être un vieux schnock mais je n’aime pas lire sur écran. J’aime bien me poser confortablement avec un bouquin, sans passer par la case écran (et les distractions qui vont avec). J’ai donc un avis assez mitigé sur le sujet… J’ai vu arriver la déferlante des blogs BD qui s’est finalement concrétisée par des albums adaptés en format papier mais également avec de nombreux blogs abandonnés. Je me rappelle avec nostalgie du Festiblog, une initiative vraiment chouette et super conviviale et je constate avec regret qu’il y a quand même pas mal de participant(e)s ayant totalement disparu du paysage BD. Les survivors de cette époque sont désormais des auteurs de BD confirmés, publiant soit chez des éditeurs, soit en auto-édition (et avec succès).

Est-ce que les webcomics connaîtront le même sort ? Difficile de faire le moindre pronostic sur le sujet… Aussi bien, ça peut profondément réformer le secteur de la BD, aussi bien, ça ne peut être que passager et revenir sur des modèles que l’on connaît. Je pense néanmoins qu’il faut suivre de près toutes ces évolutions et espérer qu’elles feront aussi émerger de nouveaux talents.

Un.e auteur.e amateur.e peut-il, selon vous, être repéré en publiant sur le web ? Quels conseils lui donneriez-vous ?

Oui ! Mais plus difficilement qu’avant. Il y a maintenant une telle profusion de supports qu’il devient difficile d’émerger vraiment. On constate par exemple que la visibilité sur les pages Facebook devient compliquée. C’est un exemple parmi tant d’autres et qui illustre bien ce paradoxe : il n’a jamais été aussi facile d’être présent sur le net tout comme il n’a jamais été aussi compliqué d’être vu. Je suis convaincu que, à part de rares exceptions et tant que le système n’aura pas profondément changé, la prospection reste incontournable.

Quitte à donner un seul conseil, ça serait de ne pas se décourager… et ne pas se perdre non plus car tout cela est excessivement chronophage ! Attention aussi aux fausses promesses de visibilité, ce sont souvent des moyens plus ou moins déguisés pour ponctionner des sous !

Quels sont vos projets dans l’immédiat ?  

Finir d’envoyer le tome 2 de Vivre en Macronie d’Allan Barte à toutes celles et ceux qui l’ont précommandé. ^_^
Il y a d’autres projets dans les tuyaux, notamment le tome 1 de RIP – Une Histoire Mortelle qui avait pris du retard. Je suis d’ailleurs revenu au scénario pour ce projet mettant en scène des morts insolites à travers l’Histoire. Je travaille avec Nicolas Otéro, au dessin, et 1ver2ânes, aux couleurs, sur cet album. Il y a aussi le tome 3 de Vivre en Macronie. Et le reste, tant que ce n’est pas signé, je n’en parle pas. 🙂

Qu'en pensez-vous ?

Proposé par Projets BD

Projets BD est un collectif d'auteurs amateurs et professionnels qui offre un site internet et un forum pour le conseil, l'accompagnement et la valorisation de projets de BD, strips et illustration.

Commentaires

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  1. Bonjour M. ROUX,

    Nous avons lu avec attention votre interview et apprécions votre démarche dans le milieu de l’édition. Votre philosophie nous semble très proche de celle qu’on retrouve chez Mme LANCA et à travers sa maison d’édition. Cela fait vraiment plaisir d’entendre des directeurs de maison éditoriale qui défendent vos points de vues.
    Nous vous souhaitons une excellente continuation et peut-être un jour aurons-nous l’occasion de travailler ensemble. De toute évidence, nous prendrons très prochainement contact avec votre maison d’édition pour vous présenter notre projet Victor Lazar en espérant que celui-ci attire votre attention.

    Bien cordialement,
    Bandits Axurits

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