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Quinzaine des éditeurs : Adrien Vinay des Editions Dupuis, Spirou et Webtoon Factory

Pour ce jour 6 de notre Quinzaine, nous sommes heureux d’accueillir une maison historique que sont Spirou et les Editions Dupuis et leur nouveau projet : la Webtoon Factory.

Bonjour Adrien Vinay. Vous êtes membre de la rédaction du journal Spirou, aux Éditions Dupuis. Pour les lecteurs du célèbre hebdomadaire, vous êtes le personnage barbu (et légèrement dégarni) dessiné par Fabcaro et Fabrice Erre dans l’édito du journal. Au-delà de cette notoriété à surmonter, comment arrivez-vous à publier chaque semaine 52 pages de bandes dessinées ?
Bonjour ! Eh bien, c’est un travail très preneur, exigeant, intense, mais magnifique !
Pour faire simple, disons que pour Spirou, mon travail se décompose en cinq étapes : commandes, relectures, corrections, mise en page et validation.
Dans un premier temps, je passe des commandes aux auteurs, pour des cartoons, des strips, des jeux, des histoires courtes ou des articles.
Ensuite, je dois relire ce que les auteurs m’envoient, qu’il s’agisse de crayonnés ou de pages définitives, pour être certain que cela corresponde à la ligne éditoriale de Spirou et pour que cela soit le plus lisible possible.
Puis, il faut entamer les corrections orthographiques et grammaticales, tout le “matériel” définitif envoyé par les auteurs est contrôlé (et il faut aussi vérifier les corrections).
À l‘étape de conception du journal, où notre graphiste met en page tout le matériel qui doit apparaître dans tel ou tel numéro, il est nécessaire de rester attentif aux fautes (nouvelles ou anciennes), de vérifier l’imposition des pages et de prendre le temps de relire le journal plusieurs fois.
Enfin, il faut valider le journal, c’est-à-dire jeter coup d’œil final. Vérifier que la maquette n’ait pas sauté, que tout est en place, prêt à être imprimé, puis valider le numéro pour que les rotatives soient lancées.

Ces cinq étapes sont valables à la fois pour la couverture du journal (4 pages) et pour son intérieur (48 pages), car ces deux parties ne sont pas imprimées en même temps, ni sur le même papier, mais elles sont assemblées après leurs validations, pour chaque numéro.
Et bien sûr, ces cinq étapes sont à refaire, chaque semaine, pour tous les nouveaux numéros de Spirou !

Avec une maison telle que Dupuis et son écurie d’auteurs, arrivez-vous encore à trouver de la place aux jeunes talents ? Existe-t-il une hiérarchie de publication ; en d’autres termes un nouvel auteur doit-il d’abord faire ses preuves en dessinant un jeu, puis des strips pour proposer par la suite une planche BD ?
Il faut toujours faire de la place aux jeunes talents !
Hiérarchie n’est pas le terme qui convient, car on devrait plutôt parler de priorité. Et dans le journal, ce sont les séries à suivre qui sont prioritaires. Spirou a toujours été un journal de prépublication, dans lequel les lecteurs peuvent découvrir en avant-première les albums à paraître chez Dupuis. Et ce n’est pas rien !
Certains jeunes talents entrent donc chez Spirou par la porte des séries à suivre, car ils entament directement la création d’un album (comme Brice Cossu, Gijé, Justine Cunha ou Kenny Ruiz, par exemple).
D’autres entrent par la porte de l’animation du journal. C’est ici qu’il est question de faire des strips, des jeux ou des histoires courtes, pour que Spirou soit généreux, espiègle, riche et passionné ! Il n’est pas question de faire ses preuves, car les auteurs qui animent Spirou sont de vrais professionnels (comme Moog & Bernstein, Amalric & Madaule, Cet & Frantz Hofmann, Fabio Ruotolo et j’en passe…).

Vous êtes aussi webéditeur à la Webtoon Factory. Pouvez-vous nous en dire plus sur le webtoon et cette nouvelle application ?
Le webtoon est un nouveau format d’histoires dessinées, déjà très populaire en Corée. Il s’agit d’épisodes hebdomadaires à lire verticalement (en scroll, comme sur les réseaux sociaux). Nous procédons de façon collégiale, mais j’ai ici un véritable rôle d’éditeur : lecture de manuscrits, discussion avec les auteurs, commentaires sur le découpage et sur le déroulé du récit, jusqu’à la publication sur notre plateforme. Et bientôt sur l’application, disponible dès 2020, avec un abonnement pour lire près de 50 séries de 24 épisodes chacune.
En résumé, à la Webtoon Factory, nous créons des webtoons addictifs qui ressemblent aux 15-25 ans : divers (dans leur pluralité), décalé (dans leurs tons et leurs façons d’être) et sensibles (dans leurs passions et leurs émotions). Je vous conseille tout particulièrement Wishlist et Sex Runner !

Le webtoon s’est largement développé en Asie, notamment en Corée du Sud où il est né. Pensez-vous que le marché français soit réceptif à cette nouvelle forme de narration ?
Le format webtoon est la base de tout en Corée du Sud : pour faire un manhwa, une série, un film, un jeu vidéo, on part du webtoon. Si un webtoon a bien fonctionné, on le déclinera dans d’autres formats. En Europe, nous fonctionnons différemment, mais ce n’est pas pour ça que le webtoon n’y a pas sa place. Et on commence à le voir dans nos statistiques de lecture. Et puis nous ne nous limitons pas au marché français, puisque toutes nos séries sont traduites en anglais : nous cherchons à parler aux francophones, comme aux anglophones. En fait, on aimerait parler à celles et ceux qui on rangés leurs bandes dessinées et leurs livres, mais qui disposent (comme tout le monde aujourd’hui) d’un smartphone.

Pensez-vous que le numérique remplacera à terme les publications papier ?
En ce qui concerne la bande dessinée, le numérique ne remplacera jamais complètement le papier. Le numérique est un média qui permet de nouvelles formes narratives, qui restent encore à explorer, et il prendra sans doute de plus en plus de place dans les pratiques de lectures, mais il ne remplacera jamais totalement la bande dessinée traditionnelle. En tous cas en Europe, à mon avis, car l’attachement au papier est encore trop fort, toutes générations confondues. Mais peut-être que les lectures numériques deviendront majoritaires, qui sait ?

Entre média numérique et édition papier, comment se prépare-t-on à devenir éditeur de bandes dessinées aujourd’hui ? Quel a été votre parcours de formation et professionnel ?
On s’y prépare en faisant des études, à mon avis ! Bien évidemment, il existe des formations spécifiques au métier d’éditeur, mais ce n’est pas le parcours que j’ai suivi. Je suis d’abord passé par l’E.H.E.S.S. (École des Hautes Études en Sciences Sociales), puis par la Sorbonne. Respectivement, j’ai donc un premier Master de recherche portant sur la narration en bande dessinée, et un second Master professionnel en conseil éditorial.

Enfin, quels conseils donneriez-vous aux auteurs qui souhaitent proposer leur projet BD au journal Spirou ? A Webtoon Factory ?
Pour proposer un projet à Spirou, l’essentiel est de connaître le journal, son histoire, son ton et son humour si particulier. Mais surtout, il faut y être attaché et proposer des projets de qualité, espiègles, derrière lesquels il est possible pour nous, de sentir les auteurs qui les portent et leurs âmes d’enfant.
À la Webtoon Factory, on cherche à changer les règles du jeu. Les récits initiatiques sont les bienvenus, tout comme l’impertinence, l’humour et l’éclectisme. Il faut être capable de proposer un récit sériel, addictif, et d’être sûr de pouvoir tenir un rythme de production soutenu.

Crédits image : © Fabrice Erre (avatar de Adrien Vinay), © C.Blain, Dupuis (image de couverture), © Ced et Stivo (Wishlist), © Pierre Dheur (Sex Runner)

Liens :

Le site des Editions Dupuis
Le site du journal Spirou
Le site de Webtoon Factory
L’image de couverture est le dernier Spirou sorti en librairie (spécial New York 100 pages)

Adrien Vinay commentera les projets présentés sur www.Projets-BD.com.
Prochain rendez-vous le 9 décembre avec les Editions Nanachi.

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Proposé par Projets BD

Projets BD est un collectif d'auteurs amateurs et professionnels qui offre un site internet et un forum pour le conseil, l'accompagnement et la valorisation de projets de BD, strips et illustration.

Commentaires

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  1. Merci Mr Vinay. On en sait encore plus sur la fabrication du journal. D’ailleurs ça donne envie, en tant qu’auteur, d’en faire un jour partie.. En attendant je pense m’y abonner.

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