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Quinzaine des éditeurs : Thierry Mary de l’école L’iconograf

Aujourd’hui, nous quittons le monde des éditeurs pour voyager du côté de la formation. Là aussi, des professionnels apportent à la BD toutes leurs compétences et savoirs-faire pour faire émerger les auteurs et les projets de demain.

Bonjour Thierry Mary. Vous êtes directeur et fondateur de L’iconograf, l’école de formation à la Bande Dessinée située à Strasbourg. Pouvez-vous nous présenter brièvement votre établissement ?

Bonjour et merci de l’intérêt que vous nous portez 🙂

L’iconograf est un établissement d’enseignement supérieur privé hors contrat qui existe depuis 2003. Nous sommes spécialisés dans la formation à l’image narrative, BD, illustration, roman graphique, manga, bref de l’image de communication.

Chaque candidature est soumise à la présentation d’un dossier. Que recherchez-vous chez un candidat ? Un diamant brut ou, au contraire, un talent déjà prononcé ?

Nous recevons un dossier, suite à quoi, on donne un rendez-vous au candidat qui viendra avec tout ce qu’il souhaite nous montrer. Une discussion s’engage autour du dossier du candidat, nous recherchons des personnes ouvertes d’esprit, capable d’accepter les critiques constructives, conscientes de la réalité du milieu dans lequel elles évolueront par la suite. Durant cet entretien nous expliquons un peu plus en détail le cursus et notre pédagogie. Notre fonctionnement peut être considéré comme original et fonctionne pour ceux qui jouent le jeu mais n’est pas forcément adapté à tous. Celui qui désire intégrer l’iconograf doit nous faire confiance. Nous sélectionnons les futurs étudiants, mais eux aussi doivent nous choisir et de préférence en toute connaissance de cause. L’entretien cherche à valider l’adéquation entre ce que nous proposons et ce que le candidat attends.

Planche de Julie B.

Quel est le bilan que vous dressez de ces cinq dernières années à propos de vos anciens étudiants ? Etre dessinateur de BD est-il le seul projet professionnel possible ?

La formation peut conduire à de multiples métiers : auteurs de BD, illustrateur, dessin didactique, couverture de livre, story-board, exposition, certains se lancent dans le fanzinat…

Il existe de multiple façon de travailler dans l’image, mais la difficulté vient du fait que ce n’est pas un secteur balisé, cela demande d’avoir une démarche de recherche active.

L’important est d’avoir une démarche véritablement active, j’ai vu des élèves extrêmement talentueux, tout à fait éditables, mais qui sont malheureusement restés trop passifs pour pouvoir espérer quoi que ce soit.

Comment envisage-t-on l’enseignement d’un métier réputé difficile ? Hormis le savoir et les savoirs-faire, les préparez-vous aussi au “savoir-être” ?

Chaque formation a son approche, certaines mettent l’accent sur la technique et forme des dessinateurs très habiles, d’autres s’axent plutôt sur des démarches plus conceptuelles et donnera parfois des approches graphiques originales ou surprenantes.

Pour l’iconograf, c’est la narration qui est au centre.

L’iconograf forme des auteurs au sens large.

Cela implique que la technique soit au service de la narration, que la personnalité de l’auteur se retrouve aussi bien dans son trait que dans sa manière de mettre en scène, de cadrer, de choisir ses plans, qu’il ait conscience de sa démarche créative, et pour cela, il doit, bien sûr, avoir digéré ses influences.

Un auteur fait des choix en permanence, nous devons enseigner aux l’élève à prendre les bons choix, et donc apprendre à se poser les bonnes questions : qu’est-ce qui est important dans ma scène ? Qu’est ce que je dois transmettre comme information au lecteur ? Comment faire passer un sentiment ? Et de multiples autres questions…

La formation dure trois ans, les deux premières années sont dédiées à l’acquisition d’un savoir-faire technique et narrative.

La troisième année est consacrée pour l’essentiel aux projets, à la création d’un book et au complément professionnel. La manière de présenter un projet aussi bien à l’écrit qu’à l’oral et aussi un volet sur le statut de l’auteur, les contrats, les relations avec les éditeurs…

On assure aussi une sorte de SAV, il n’est pas rare que les anciens élèves reviennent pour avoir des conseils quand ils se retrouvent avec leur premier contrat.

Strasbourg est une ville où il y a beaucoup d’auteurs et comme depuis quelques années, c’est une profession qui a enfin commencé à s’organiser, des associations se sont créées pour accompagner les auteurs.

Planche de Marius C.

Sous quelle(s) forme(s) créez-vous des ponts entre la formation et le monde professionnel 

Le premier réseau des élèves c’est d’abord celui de l’iconograf, nous recevons régulièrement des demandes que nous transmettons aux anciens, mais elles sont relativement rares puisque la plupart des structures qui nous contactent souhaitent surtout faire travailler les étudiants gratuitement, ce qui bien évidemment n’est pas acceptable.

La relation avec Webtoon Factory bien que récente est assez stimulante, elle fut mise en place de façon informelle suite au dernier festival d’Angoulême ou des dossiers d’élèves avaient suscités l’intérêt des éditeurs de la Webtoon Factory, j’ai pu constater la qualité des retours faits sur ces projets.

C’est un partenariat stimulant pour les étudiants, car ils peuvent bénéficier d’un suivi extérieur et sur la durée à l’iconograf par des éditeurs d’une grande maison d’édition pendant leur formation et ça aide. La Webtoon Factory a réglé l’un des soucis majeurs que l’on peut avoir quand on se lance dans ce type de projets : avoir du contenu de qualité, en quantité et de façon régulière. Bien sûr, cela ne veut pas dire que tous les projets qui seront suivis dans ce cadre se retrouveront sur la plate-forme de Dupuis, mais sur le plan de la formation, c’est de toute façon pertinent et je ne serais pas contre d’autres partenariats similaires.

Justement à propos de Webtoon Factory, pensez-vous avec votre expérience, que le webtoon soit le nouveau mode d’expression narratif professionnel en France ?

On dit que l’âge moyen du lecteur de BD est autour de 40 ans, je crois ? Mais ce chiffre est un trompe-l’œil qui ne prend pas en compte tous les autres moyens d’accès à lecture de BD, la jeune génération n’a aucune difficulté à lire sur un écran et est moins sujet à la « collectionnite »

Dupuis est un éditeur classique, historique, en bon éditeur qu’il est, il sait qu’il doit trouver le moyen de renouveler son lectorat et donc de toucher tous ces lecteurs qui sont sous le radar. C’est à ce jour le premier, est le seul, parmi les 5 plus grands éditeurs franco-belges à investir sérieusement dans le numérique en se donnant les moyens d’y arriver.

Nous sommes maintenant dans une société digitalisée, il serait naïf de penser que le secteur de la BD fasse durablement exception.

Le Webtoon est un carton en Corée depuis dix ou quinze ans si ce n’est plus, la question n’est pas de savoir si cela prendra en France, mais plutôt sous quelle forme.

La première génération d’auteur digital s’est fait connaitre par les blogs, puis est arrivé le turbomedia qui propose une relative interaction et maintenant venu de Corée, le Webtoon, qui a déjà un grand nombre de lecteurs en France.

L’enjeu pour les éditeurs et les auteurs est de trouver comment monétiser ce lectorat.

Le livre ne va pas disparaitre, car du support dépend l’expérience de lecture, contrairement à la musique ou à la vidéo ou le support n’est globalement qu’un moyen de stockage.

Planche de Lisa G.

Pensez-vous qu’il soit pertinent de créer une formation d’éditeur de Bande Dessinée ?

Intégrer un module bande dessinée – arts narratif dans les formations dédiées aux métiers d’éditeurs serait sans doute bienvenu, mais il n’est pas impossible que cela existe déjà.

Par contre, je crois que les auteurs ont une relative méconnaissance du métier d’éditeurs, et des différents types d’éditeurs (salarié, externe, mais rattaché à une seule maison d’édition, externe qui apportent des projets à plusieurs maisons d’édition) et qu’il y a souvent une sorte de confusion entre l’éditeur et la maison d’édition.

Pour caricaturer un peu, la maison d’édition à une politique éditoriale et les éditeurs recherchent des projets qui rentrent dans ce cadre.

L’éditeur n’a pas besoin d’être votre ami et il n’est pas là pour materner l’auteur, une relation de confiance mutuelle est nécessaire.

Son objectif est le même que celui de l’auteur, faire le meilleur livre possible. Il ne doit pas dénaturer le projet et apporter le recul nécessaire, surtout aux jeunes auteurs en manquent d’expérience, un éditeur qui ne vous fait pas de retour sur vos planches n’est pas un éditeur qui vous fait une confiance aveugle, c’est juste quelqu’un qui ne fait pas son taf.

Évidemment, le suivi de projets est plus simple avec des auteurs d’expériences ce qui complique la tâche pour un jeune auteur pour signer un premier contrat.

Pour les auteurs désireux d’avoir leur indépendance vis-à-vis d’un éditeur, il existe maintenant de multiples possibilités de le faire, mais aucune n’est simple et ne garantit une quelconque réussite, mais ce sont des possibilités qui n’existaient pas il y a quelques année en arrière et qu’il peut être utile d’explorer.

Le site de l’iconograf : https://www.liconograf.com

Rendez-vous demain pour une interview de Yannaëlle Boucher-Durand l’agence Léor.

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Proposé par Projets BD

Projets BD est un collectif d'auteurs amateurs et professionnels qui offre un site internet et un forum pour le conseil, l'accompagnement et la valorisation de projets de BD, strips et illustration.

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